La méthode OKR telle que le Playbook la pose : les définitions, les seuils, l'exemple. De quoi te faire un avis avant même de le télécharger.
Un OKR, c'est quoi exactement ?
L'acronyme veut dire Objective Key Result, et le Playbook le traduit autrement que la définition habituelle.
O pour Objective, c'est une ambition. Elle donne le cap, la direction. Tiphanie Vinet insiste sur un point qui dérange : parler d'objectif introduit un biais, celui qu'il faudrait l'atteindre à 100 %. L'intention est de tendre vers cette direction.
KR pour Key Result, c'est un impact. Ce que l'on veut voir se produire, la conséquence des actions que l'on recherche. C'est un élément chiffré et factuel, que l'on mesure régulièrement pour en tirer des apprentissages.
D'où le triptyque au cœur de la méthode : ambition, impact, mesure. Et un rappel qui revient trois fois dans les 70 pages : les OKR sont un moyen, pas une fin.
Un enjeu et un objectif, ce n'est pas la même chose
Un enjeu, étymologiquement, c'est ce qui est en jeu, ce qui est misé : ce qui sera gagné ou perdu au terme d'une durée.
Un objectif relève d'une finalité déjà établie. C'est une cible définie, chiffrée et donc mesurable, que l'on atteint par l'enchaînement d'une série d'actions concrètes.
Confondre les deux est le point de départ de beaucoup de démarches OKR qui tournent à vide.
RUN, BUILD et MANDATORY : les trois charges réelles d'une équipe
Il y a deux grands pans de pilotage stratégique. Le premier est souvent oublié, et la mise en place des OKR l'efface d'autant plus, puisque les OKR ne couvrent que le second.
Le RUN regroupe les indicateurs qui garantissent que le service déjà fourni perdure, sur le périmètre déjà acquis. Il se divise en deux :
- Lagging, les résultats visés. Ils reflètent les résultats obtenus à la suite des actions menées. Le chiffre d'affaires du dernier trimestre en est un : il mesure des efforts passés. On les suit mensuellement, semestriellement ou annuellement. Exemples cités : MRR, ARR, revenu moyen par utilisateur, Net Promoter Score. 3 à 4 indicateurs maximum.
- Leading, la performance et la productivité. Prédictifs par nature, ils offrent un aperçu en temps réel. Un chiffre en dessous de la cible est une alerte à traiter en priorité, quitte à mettre le BUILD en attente. On les suit chaque semaine ou tous les quinze jours. Exemples cités : sessions par utilisateur, taux d'activation, panier moyen, nombre de bugs, délais de SLA. 6 indicateurs maximum.
Le BUILD mesure les changements de comportement que l'on souhaite observer et que l'on n'a jamais réalisés, ou jamais à cette hauteur. On teste, on observe, on apprend, on décide. La question qui le résume : qu'est-ce que l'on n'avait pas avant, que l'on veut voir maintenant ? C'est là, et seulement là, que vivent les OKR.
Le MANDATORY est le terme que presque personne ne compte. Ce sont les projets obligatoires : ceux que l'on avait anticipés, et les impromptus, ces demandes auxquelles on ne peut pas dire non, qui tombent en cours d'année et viennent de la direction, de la maison mère ou des investisseurs.
Une réalité de terrain que le Playbook donne telle quelle : une équipe peut se retrouver à 50 % de mandatory, 30 % de RUN et 20 % de BUILD. Si ce n'est pas la répartition visée, c'est l'organisation qu'il faut travailler, pas les OKR.